La véritable histoire de l’homme au masque de fer

L’Homme au Masque de Fer est le nom donné à un prisonnier arrêté vers 1669, et condamné au cruel destin d’avoir la tête coincée dans un masque de fer, selon l’histoire. La légende de l’Homme au masque de fer est basée sur la véritable histoire de la vie d’Eustache Dauger. Avec le temps, cependant, l’histoire est devenue une légende, et la légende s’est transformée en mythe, raconté des dizaines de fois dans des livres pour enfants, des romans et des films dans le monde entier.

Dossier du prisonnier

Une grande partie de ce que nous savons d’Eustache Dauger provient de la correspondance entre son geôlier, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, et ses supérieurs à Paris, de sorte qu’il y a très peu d’informations sur lui avant son incarcération, comme les circonstances de son arrestation, et comment il en est venu à porter le masque. Par ailleurs, il n’y a pas de preuves historiques qui suggèrent que le masque était fait d’autre chose que de velours noir. On pense que ce n’est que plus tard que les histoires en sont venues à faire référence à un masque de fer.

La plus ancienne mention du prisonnier masqué remonte à 1669 après J.-C. et est une lettre envoyée par le marquis de Louvois, ministre du roi Louis XIV, à Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, gouverneur de la prison de Pignerol à Pinerolo, dans le Piémont, qui faisait alors partie de la France. Dans sa lettre, Louvois informe Saint-Mars qu’un prisonnier nommé Eustache Dauger doit arriver le mois prochain environ (fin août de cette année-là).

L'homme au masque de fer de Neuville

L’homme au masque de fer de Neuville, 1872. ( Domaine public )

Cette missive a révélé plusieurs notes intéressantes, dont une concernant le « logement » du prisonnier. Louvois a demandé à Saint-Mars de préparer une cellule avec plusieurs portes, l’une se fermant sur l’autre, qui devaient empêcher toute personne de l’extérieur d’écouter à l’intérieur. Une seule visite par jour était autorisée au gouverneur, afin de fournir de la nourriture et tout ce dont le prisonnier avait besoin.

Le prisonnier devait également être informé que s’il parlait d’autre chose que de ses besoins immédiats, il serait tué, mais, comme l’a déclaré Louvois, le prisonnier ne devait pas exiger grand-chose puisqu’il n’était « qu’un valet ». Selon de nombreuses versions de cette légende, le prisonnier portait le masque à tout moment.

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Qui portait le masque de fer ?

Selon les archives, Eustache Dauger a réellement servi de valet à un autre invité de la prison, Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Île, ancien surintendant des finances emprisonné par Louis XIV pour détournement de fonds. Il faut considérer que Pignerol n’était pas exactement une prison de droit commun, mais qu’elle était réservée à une poignée d’hommes considérés comme une gêne pour l’État. Dauger était autorisé à fréquenter le marquis lorsque son principal serviteur, La Rivière, était malade.

L'homme au masque de fer, selon Regnault-Warin MJJ, 1804

L’homme au masque de fer, selon Regnault-Warin MJJ, 1804. ( Domaine public )

Le fait que Dauger ait servi de valet est un point central, surtout en ce qui concerne certaines spéculations selon lesquelles Dauger était en fait un membre de la famille royale française. De nombreux chercheurs et historiens ont affirmé que le protocole du XVIIe siècle rendait impensable qu’un homme de sang royal puisse servir de valet, ce qui jette un doute sur ces suggestions selon lesquelles Dauger était lié au roi.

La plus populaire de toutes les légendes concernant ce prisonnier se rapporte à sa lignée. On dit que l’homme au masque de fer était le fils d’Anne d’Autriche et du cardinal Mazarin, et donc un demi-frère illégitime du roi Louis XIV, une idée qui a été transformée en un livre d’Alexandre Dumas intitulé « Le Vicomte de Bragelonne ».

Cependant, le livre a introduit un changement substantiel : il a fait du prisonnier un jumeau identique de Louis XIV. L’histoire poursuit en disant que l’homme a été gardé caché en raison de ses droits au trône. Les jumeaux étaient une menace pour la succession ordonnée, mais personne ne pouvait tuer un prince royal, alors le second jumeau fut masqué et emprisonné. D’autres histoires racontent que le prisonnier était bien le frère du roi, mais pas son jumeau.

« L’Homme au Masque de Fer ». Gravure anonyme (eau-forte et mezzotinte, coloriée à la main) de 1789. ( Domaine public )

Les lettres codées augmentent l’intrigue

Une autre théorie intéressante appartient à Louis Gendron, un historien militaire français qui est tombé sur des lettres codées, passées ensuite à Etienne Bazeries au département cryptographique de l’armée française dans les années 1890. Après trois longues années de décryptage, Bazeries a réussi à lire quelques messages dans le Grand Cipher de Louis XIV.

L’un d’eux a fait référence à un prisonnier et l’a identifié comme étant le général Vivien de Bulonde. L’une des lettres écrites par Louvois faisait spécifiquement référence au crime de Bulonde. De Bulonde a été accusé de lâcheté lors du siège de Cuneo en 1691. Inquiet de la présence de troupes ennemies venant d’Autriche, il ordonne un retrait précipité, laissant derrière lui ses munitions et ses hommes blessés.

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Cela rend le roi furieux, qui lui ordonne « d’être conduit à la forteresse de Pignerol où il sera enfermé dans une cellule et sous bonne garde la nuit, et autorisé à marcher sur les remparts pendant la journée avec un 330 309 ». Il a été suggéré que le « 330 » signifiait « masque » et le 309 « point ». Cependant, cette théorie n’a pas été vérifiée et les dates sont également incompatibles avec d’autres enregistrements.

Un autre candidat prisonnier

Un autre candidat prisonnier, très apprécié dans les années 1800, est le comte Ercole Antonio Mattioli, compagnon de prison de Nicolas Fouquet. Le comte était un diplomate et ministre de Ferdinand Charles, duc de Mantoue, à qui l’on avait confié la négociation secrète du traité de 1678, par lequel le duc appauvri devait livrer la forteresse de Casale à la France en échange de 100 000 écu.

Mais, dès que l’accord a été signé, Mattioli en a annulé les effets en trahissant le secret à plusieurs tribunaux étrangers. Furieux d’avoir été trompé, Louis XIV le fait discrètement enlever et emprisonner à Pinerolo (1679). Il est cependant généralement admis que Matthioli est mort aux Îles Sainte-Marguerite en avril 1694 et que le prisonnier au masque était bien Eustache Dauger.

Cellule de prison occupée par l'Homme au masque de fer dans le fort-Royal de l'île Sainte-Marguerite

Cellule de prison occupée par l’Homme au masque de fer dans le fort-Royal de l’île Sainte-Marguerite (Alpes-Maritimes, France). ( Domaine public )

Eustache Dauger : L’homme au masque de fer

La théorie selon laquelle l’homme au masque de fer est Eustache Dauger est la plus acceptée. Cependant, on ne sait pas très bien s’il s’agit de son vrai nom ou d’un pseudonyme. Il est bien connu qu’un homme nommé Eustache Dauger de Cavoye, fils d’un capitaine des gardes du cardinal Richelieu, est né en 1637. Plus tard, il a rejoint l’armée royale, mais il a finalement été contraint de démissionner en disgrâce après avoir tué un jeune garçon dans une bagarre d’ivrognes, et a ensuite été incarcéré.

Après s’être plaint à sa sœur de son traitement en prison en 1678, et peu après s’être plaint au roi, celui-ci a émis un édit selon lequel de Cavoye ne devait plus être autorisé à communiquer avec quiconque, sauf en présence d’un prêtre.

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Le problème avec la théorie selon laquelle de Cavoye est le même Eustache Dauger que l’homme que l’on dit puni avec le masque de fer, est qu’il était détenu à la prison de Saint-Lazare, alors que l’Homme au masque de fer était à Pignerol. De plus, il existe des preuves importantes que de Cavoye est mort dans les années 1680, bien avant le plus célèbre Eustache Dauger.

Reconstitution du modèle de l'homme au masque de fer, château de Vaux-le-Vicomte

Reconstitution du modèle de l’Homme au masque de fer, château de Vaux-le-Vicomte. (Prosopee/ CC BY SA 3.0 )

Mort de l’homme au masque de fer

Le 18 septembre 1698, Saint-Mars prend ses nouvelles fonctions de gouverneur de la prison de la Bastille à Paris, en emmenant avec lui le prisonnier masqué. Il est placé dans une cellule d’isolement dans la troisième chambre pré-meublée de la tour de la Bertaudière. Le commandant en second de la prison, de Rosarges, doit le nourrir. Le lieutenant du Junca, autre officier de la Bastille, note que le prisonnier porte « un masque de velours noir ».

L’Homme au masque de fer est mort le 19 novembre 1703 et a été enterré le lendemain sous le nom de Marchioly. Tous ses meubles et vêtements auraient été détruits par la suite, les murs de sa cellule auraient été grattés et blanchis à la chaux, et tout ce que l’homme possédait en métal aurait été fondu.

Ainsi, en fin de compte, on ne saura peut-être jamais qui il était vraiment, s’il était réellement coupable d’un crime légitime, ou même s’il était vraiment obligé de porter un masque de fer tout le temps. Il est possible que l’Homme au masque de fer n’ait été qu’un citoyen ordinaire nommé Eustache Dauger, qui a mis le roi en colère, mais pas assez pour le faire tuer.

Cette pauvre âme n’aurait jamais pu imaginer que sa lugubre vie de captivité deviendrait un jour une épopée d’intrigues ou que son souvenir (bien qu’anonyme) survivrait pendant de nombreuses années après sa mort.

Image du haut : L’homme au masque de fer. Source : Igor Normann /Adobe Stock

Par Federico Cataldo

Mise à jour le 28 août 2020.

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